“Le rôle de l’ingénieur, en plus de faire des calculs, est d’optimiser au maximum le chantier grâce aux dernières technologies” 05/2021

Las d’être cantonnés à la réalisation de calculs standards et normatifs, Axel Sundermann et Xavier Laborde ambitionnent de redonner ses lettres de noblesse au métier d’ingénieur. Les deux fondateurs du bureau d’études Construire, promeuvent une pratique de l’ingénierie multidisciplinaire, innovante, durable et économe. En d’autres termes, une pratique ingénieuse.

Au milieu du paysage haussmannien et art nouveau du 15e arrondissement de Paris, le projet de surélévation emmené par le jeune bureau d’études Construire commence à se révéler. Le chantier, dont la clôture est attendue pour septembre 2021, suit son cours, sans retard sur les délais prévus. Une situation rêvée permise par les moyens employés : Construire mise sur l’interrelation entre les architectes et les ingénieurs, ainsi que l’utilisation des dernières innovations technologiques, comme la réalité virtuelle ou la modélisation 4D pour optimiser les chantiers. Décryptage avec Axel Sundermann, cofondateur du bureau d’études.

illustration bureau d'études
Axel Sundermann et Xavier Laborde ont fondé le bureau d’études Construire en décembre 2019

 

Vous dites défendre une synergie architectes / ingénieurs. Considérez-vous que la relation entre les deux métiers a changé ?

Axel Sundermann. Historiquement, l’architecte et l’ingénieur pratiquaient le même métier. L’augmentation des demandes aux constructeurs et la multiplication des technologies ont achevé de les séparer en deux professions distinctes. Dorénavant, l’architecte possède un sens artistique et architectural de la construction, tandis que l’ingénieur détient les compétences techniques nécessaires à la réalisation d’un chantier. Ces métiers sont aujourd’hui complémentaires.

 

Cette synergie permet donc de réaliser le meilleur projet, au meilleur prix ?

A.S. C’est ce que nous pensons. Prenons l’exemple d’une surélévation d’immeuble sur laquelle nous travaillons à Paris. Le bâtiment d’origine était composé de deux étages et le client souhaitait en ajouter trois. Dès l’avant-projet, nous nous sommes concertés avec le cabinet L.C.I Architecture pour déterminer les solutions qui s’offraient à nous : démolition-reconstruction du bâtiment, surélévation avec une structure légère, ou créations de fondations dans l’existant avec une montée des étages grâce à un système de poteaux et de poutres en béton. Après discussions, la troisième solution a été retenue. La surélévation légère ne s’inscrivait pas bien dans l’environnement urbain du 15e arrondissement parisien, composé d’immeubles haussmanniens. La démolition-reconstruction, après calculs, revenait plus chère.

17 rue Sainte Lucie

S’il n’y avait pas eu d’échanges entre les deux corps de métiers dès le départ, nous aurions peut-être choisi la mauvaise solution. Dans le cas de la démolition, le client aurait été plus onéreux.

Pour de la surélévation légère, l’obtention des permis de construire aurait traînée puisqu’elle ne s’inscrivait pas dans l’environnement haussmannien. On aurait pu facilement perdre six mois voire un an ! Finalement, la conception a commencé en septembre 2020, les plans architecturaux et de structure étaient terminés six mois plus tard, et le chantier est en cours.

Le projet dans le 15e arrondissement de Paris présenté dans son contexte haussmannien grâce à la réalité virtuelle

 

Vous prônez l’optimisation des chantiers grâce notamment à l’utilisation de la réalité augmentée. Que permet cet outil ?

A.S. Le rôle de l’ingénieur, en plus de faire les calculs détaillés et de dimensionner le bâtiment, est de proposer un chantier qui utilise les dernières technologies afin d’optimiser au maximum sa réalisation. La réalité augmentée permet de visualiser le résultat avant même d’avoir commencé la construction, et de l’assimiler dans l’environnement et dans le contexte. Elle permet aussi de simplifier la réalisation : les plans sont appliqués en transparence sur le bâti existant, grâce à un système de visualisation intégré dans le casque des ouvriers ou des maîtres d’œuvre. On se représente alors facilement ce qui doit être fait, et où ça doit être fait.

 

Vous vous appuyez également sur la modélisation 4D. En quoi diffère-t-elle du BIM 3D ?

A.S. La 4e dimension représente le temps. Ainsi, la modélisation 4D décompose le bâtiment dans le temps. Concrètement, le logiciel se base sur les modèles du BIM 3D pour dissocier le bâtiment en morceaux, qui seront ensuite réassemblés en fonction du planning de construction et/ou de l’avancée des travaux. Cela permet de détailler, à la minute près, les interventions successives sur le chantier.

 

Qu’est ce que toutes ces technologies numériques apportent au secteur de la construction ?

A.S. L’utilisation de la réalité augmentée et de la modélisation 4D assure notamment le respect des délais de chantier. D’une part, cela impacte directement le prix du chantier. Habituellement, les entreprises facturent les risques de dépassement des délais. Or s’ils sont éliminés, ou très fortement réduits, la facture baisse. D’autre part, si les échéances sont correctement estimées, les prises de risques pour s’assurer que la construction est terminée dans les temps disparaissent et on obtient un bâtiment de qualité et de sécurité supérieure.

Ces technologies ont déjà fait leurs preuves sur de gros projets pétroliers du BTP. Ce que nous souhaitons, c’est démocratiser l’utilisation de ces outils sur tous les chantiers. Pour cela, la prochaine étape sera d’améliorer les logiciels afin qu’ils soient plus accessibles financièrement.

Publié par Archicree, le 14/05/2021

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